Un jour, alors que je jouais à l’étage avec mon cousin François, âgé de quelques mois de moins que moi, ce qui devait arriver arriva. L’escalier, non protégé à l’étage mais fermé par une porte en bas, était une invitation permanente à l’accident. Assis sur mon petit tricycle, j’ai basculé. Moi d’abord, puis le vélo. J’ai dévalé les marches avant de heurter la porte, puis d’être rattrapé par le vélo.

J’ai pleuré, bien sûr. De l’autre côté de la porte, dans la cuisine, plusieurs adultes étaient réunis. L’un d’eux a ouvert et m’a pris dans ses bras. À travers la pièce, j’ai aperçu Mémé, de l’autre côté de la table. Elle venait tout juste de terminer une tournée de sucre à la crème.

Après la chute, après les larmes, il y a eu ce goût. Doux, tendre, crémeux. Le sucre à la crème de Mémé n’était pas dur comme celui des autres. Il fondait presque. Ce souvenir-là est resté intact : la douleur, puis immédiatement après, le réconfort. Comme si, déjà, quelque chose s’était inscrit très clairement — que les blessures pouvaient être suivies de douceur, et que certaines présences savaient réparer sans paroles.