7 novembre 2010.

Quelques mois plus tôt, tout semblait s’être arrêté. Un an après notre retour de San Francisco à Montréal, je n’arrivais pas à me replacer professionnellement. Les démarches se succédaient sans résultat, les pistes se refermaient les unes après les autres. Une longue période de stagnation, difficile à qualifier autrement qu’un passage dans le désert.

À l’été, j’avais emprunté de l’argent pour me donner une issue temporaire : suivre des cours, obtenir un permis de classe 1, conduire des camions s’il le fallait. Non pas par vocation, mais pour retrouver un revenu, une forme de continuité, en attendant de pouvoir revenir à mon métier.

Je n’ai pratiquement pas eu le temps d’utiliser ce permis.

En octobre 2010, un contrat est arrivé. Rien de spectaculaire, mais quelque chose de tangible. Un mandat pour une entreprise de Los Angeles, Spectacle 3D, engagée dans un projet ambitieux de conversion vidéo de la 2D vers la 3D. Un reteneur mensuel de 4 000 $ US — suffisamment pour reprendre souffle, redevenir disponible, et surtout, recommencer à avancer.

Quelques semaines plus tard, je me retrouve en déplacement entre Madrid, Athènes et Tel Aviv. Le 7 novembre au matin, je quitte Madrid à bord d’un vol d’une compagnie grecque, avec plusieurs heures d’escale à Athènes avant de poursuivre vers Israël pour une autre rencontre liée au projet.

Athènes offre un luxe rare pour une escale : une liaison directe entre l’aéroport et le centre-ville. Un métro simple, efficace. J’en profite. Je descends vers le cœur de la ville, monte jusqu’à l’Acropole, marche parmi les ruines, observe les pierres, la ville, la profondeur du temps.

Puis je m’assois pour manger.

Un repas grec, simple et sans urgence. Pas un repas d’aéroport, pas quelque chose avalé entre deux contraintes, mais un vrai moment posé. Simplement parce que je suis là, et que je peux me permettre de l’être.

Le contraste est frappant. Il y a encore peu de temps, tout semblait figé ; maintenant, je suis de nouveau en mouvement, engagé dans des discussions technologiques internationales, à voyager entre continents, à participer à des projets complexes. Ce soir-là en particulier, la sensation est presque irréelle : être à Athènes, seul, entre deux avions, assis devant un repas grec, et réaliser — sans triomphalisme, mais avec lucidité — que je suis de retour dans le jeu.

Rien n’est réglé. Rien n’est garanti. Mais le mouvement est revenu.

Et parfois, cela suffit.