J’ai pris cette photo quelques instants avant l’atterrissage, en survolant le barrage. La prise de vue est brève, presque fortuite, mais l’angle est rare. À cette hauteur, l’ouvrage se donne à lire dans sa totalité, sans médiation.

Le barrage principal occupe toute la largeur de la vallée. Il s’étire sur près de quatre kilomètres et atteint environ cent vingt-cinq mètres de hauteur. Le site a été choisi pour sa géographie : une vallée naturellement encaissée, propice à une grande hauteur de chute. L’ouvrage est entièrement constitué de roche locale. Près de cent quatre-vingt-dix millions de mètres cubes ont été déplacés et mis en place pour former cette digue massive.

Au premier plan, légèrement vers la gauche, on distingue l’entrée du canal de dérivation. Pendant la construction, c’est par ce canal que l’eau était détournée afin de libérer la zone de travail. En aval, le remous est visible dans la rivière La Grande, à la sortie du canal, marquant physiquement cette circulation temporaire imposée au cours d’eau.

Les prises d’eau en construction apparaissent clairement à gauche du barrage. C’est par l’une d’elles que les autobus descendaient pour accéder à la centrale souterraine, déjà bien engagée dans la roche. Derrière ces ouvertures, un réseau complexe de galeries et de salles techniques prenait forme, entièrement invisible depuis la surface.

Sur la gauche de l’image, on aperçoit une portion du village ainsi que la route menant à l’aéroport, qui s’échappe vers le coin du cadre. Le village est alors à son apogée ; il est simplement en grande partie hors champ. Ce fragment suffit néanmoins à rappeler que le chantier n’est pas isolé, mais étroitement lié à une implantation humaine déjà structurée.

La photo a été prise avec une Nikon FE, équipée d’un objectif fixe 50 mm f/1.8, sur film diapositive couleur. Le choix de la diapositive permet une lecture précise des volumes et des matières. La couleur sert ici à distinguer clairement la roche, l’eau, la forêt et les infrastructures, et à rendre lisible l’état d’avancement du chantier.

L’image ne montre ni un projet hypothétique ni un territoire vierge. Elle montre un ouvrage déjà largement constitué, inscrit dans un paysage transformé, où l’ingénierie, la géographie et l’occupation humaine coexistent dans un équilibre encore instable, mais déjà irréversible.