Le 28 décembre 2017, nous avons livré du liquide de dégivrage à l’aéroport de Thunder Bay. Une livraison urgente, en plein hiver, juste après Noël.

Christine s’en souvient surtout à cause des conditions :

« Je m’en souviens parce que j’ai vu la photo qu’on était à Thunder Bay, à l’aéroport. Il faisait très, très froid. Tout était glacé. C’était dangereux de tomber. »

Ce froid extrême n’était pas un simple désagrément. Lorsqu’il s’installe, les aéroports deviennent entièrement dépendants du liquide de dégivrage. Sans lui, les avions ne décollent pas. Peu importe les horaires, les équipages ou les passagers déjà en attente, tout s’arrête. À ce moment-là, il y avait une pénurie. Nous étions la seule équipe disponible.

Je me rappelle lui avoir expliqué pourquoi la demande était si pressante :

« S’ils ne sont pas capables de dégivrer les avions, les avions ne peuvent pas décoller. C’est critique pour les aéroports. »

Nous avions chargé le produit plus au sud, puis pris la route vers le nord de l’Ontario. En hiver, ce trajet est austère, presque vide. La route n’est pas plate, elle monte et descend, et le chargement rend chaque variation très présente. Transporter du liquide en grande quantité, ce n’est jamais neutre.

Christine l’a résumé simplement :

« Quand tu transportes du liquide dans un camion, ça donne des coups parce que le liquide bouge. »

Je lui ai répondu instinctivement :

« Ça fait comme des vagues, hein ? »

« Des vagues, c’est ça. Ça pousse vers l’avant, ça pousse vers l’arrière. »

Cette inertie permanente oblige à une attention constante. Le camion avance, mais le chargement, lui, continue de vivre à son propre rythme.

En chemin, nous avons fait un arrêt dans un truck stop ordinaire, sans charme particulier. Christine s’en souvenait vaguement :

« Un genre de truck stop… tu peux te prendre un café, un sandwich, des affaires de même. »

Un arrêt fonctionnel, comme il y en a tant d’autres. Puis plus loin, Wawa. Un nom qui fait sourire, un endroit presque vide en hiver, mais qui est resté associé à un moment de légèreté.

« Ah oui, le fameux Wawa. On a bien aimé ça. Il n’y a pas grand-chose, mais on a bien ri. »

La livraison elle-même a été rapide. Le matin du 28 décembre, le liquide était livré, sans détour, sans délai. L’aéroport pouvait reprendre ses opérations. En équipe, ce genre de mission ne s’étire pas.

Christine l’a bien dit :

« C’était un voyage éclair. En équipe, on ne reste pas longtemps. »

Ce qui donne à ce trajet son poids particulier, ce n’est pas la distance ni même le froid, mais ce qu’il révélait très concrètement. Je l’ai formulé ainsi pendant notre conversation :

« Ça démontre à quel point le transport par camion peut être critique. Ça a beau être du transport aérien, si on n’amène pas le liquide pour dégivrer les avions, l’aéroport ne peut pas opérer. »

Christine a complété la pensée :

« Ils sont dépendants. Un moyen de transport dépend d’un autre moyen de transport. »

Ce jour-là, dans le froid de Thunder Bay, cette dépendance était impossible à ignorer. Une chaîne invisible, tendue, où un camion pouvait décider si un aéroport allait fonctionner ou non.

C’était une livraison parmi d’autres. Mais celle-là, précisément, est restée.