L’été 1976 est un été intense. D’abord parce que ce sont les Jeux olympiques de Montréal. Mais surtout parce que c’est un été rempli, presque débordant. C’est l’été que je passe principalement à Saint-Paul, après avoir terminé ma cinquième année à Montréal. À la fin de l’année scolaire, on déménage, et je m’apprête à faire ma sixième année à Saint-Paul.

À ce moment-là, j’ai deux groupes d’amis. Mes amis de Montréal, et mes amis de Saint-Paul. Parfois, les amis de Montréal viennent passer du temps à Saint-Paul. À Saint-Paul, j’ai un bon groupe, composé de gars et de filles de la rue Georges — ou plutôt du chemin Georges, même si nous, on a toujours dit la rue Georges. Le chemin n’est pas encore municipalisé. C’est un chemin privé. Autrement dit, on peut y rouler sans permis de conduire.

J’ai onze ans cet été-là. J’en aurai douze en septembre. Et je conduis déjà. J’ai commencé à conduire très jeune, à cinq ans, sur une voiture manuelle. Cet été-là, j’ai une vieille Volkswagen Beetle décapotable jaune. Serge me l’a donnée. Elle est passablement pourrie, probablement donnée parce qu’elle ne valait plus grand-chose. Mais pour nous, c’est extraordinaire. On se promène avec le toit ouvert, en gang, tout l’été.

On va souvent au lac. Il y en a trois dans le coin, qu’on appelle simplement le premier lac, le deuxième lac et le troisième lac. Quand on était plus jeunes, on allait surtout au premier lac, parce qu’il était plus accessible. Mais à mesure que des maisons se sont construites autour, il est devenu moins intéressant. Cet été-là, on va surtout au deuxième lac, parfois au troisième. Il y a une plage au deuxième lac. On s’y rend en voiture quand on peut, et on se baigne en groupe.

J’ai un kick sur une fille, Chantal Smith. Il ne se passe rien de concret, mais je passe beaucoup de temps avec elle. C’est une belle blonde. À cet âge-là, ça compte.

À la maison, à Saint-Paul, j’ai installé un laboratoire de photo dans la cave. Une vraie chambre noire. Je fais du développement de films, des agrandissements, de l’impression en noir et blanc. Je ne suis pas équipé pour la couleur, seulement pour le noir et blanc. Parfois, je montre aux filles comment faire de la photo. On se retrouve à onze ans, ensemble, dans une chambre noire, à passer du temps. Pour moi, c’est agréable. Il y a là aussi un début d’éveil, très timide, quelque chose qui commence.

C’est aussi l’été où le disco fait vraiment son apparition pour nous, de façon claire. Je sais bien qu’il y a des racines qui remontent à 1973 ou 1974, mais à notre âge, ce n’était pas quelque chose qu’on connaissait vraiment. On ne fréquente évidemment pas les discothèques. Mais avec l’arrivée de l’œuvre de Tina Charles en 1976, et notamment la chanson I Love to Love, ainsi qu’une série de chansons diffusées cet été-là, on apprend à reconnaître le disco. On apprend aussi à danser.

J’avais déjà appris à danser le slow pendant ma cinquième année — j’en parle dans un autre texte — et cet été-là, on décide de faire une discothèque, entre guillemets, dans la cave. J’ai mon système de son. On met des 45 tours. On danse des slows, on essaie des danses disco. On joue aussi à Branch et branch dans la cour. Les journées sont actives, remplies.

Ma grand-mère, mémé, s’est acheté un grand métier à tisser, un métier de 120 pouces. Pour bien l’opérer, il faut être deux. Parfois, elle travaille seule, mais souvent, des jeunes viennent l’aider, surtout des jeunes filles. C’est aussi un prétexte pour venir faire un tour à la maison. L’activité attire du monde, la maison est animée.

Serge et Raymonde habitent alors à Longueuil. Je vais parfois passer des journées là-bas. Je me promène aussi à Montréal, parce que l’autobus 70 part de la rue Sainte-Hélène et mène directement au métro Papineau. Je circule entre les lieux.

Mon oncle Claude tient absolument à m’amener voir les Jeux olympiques. On va voir la boxe, à l’aréna Maurice-Richard, un aréna déjà existant utilisé pendant les Jeux. Lui aime beaucoup la boxe. Moi, je n’y connais pas grand-chose. Je ne verrai rien au stade ni à la piscine : les billets sont trop chers et difficiles à obtenir.

Un jour, en revenant du deuxième lac, je conduis la Beetle. Peu après le départ, j’entends un bruit, comme quelque chose qui traîne par terre. J’arrête. Un ami est avec moi, Yves Pelletier. Je lui demande d’aller voir ce qui sort sous l’auto. Il regarde et revient en disant que la batterie est à terre. Dans ce cas-là, elle est littéralement à terre. Sur les Coccinelles, la batterie est sous le siège arrière, et le plancher, déjà affaibli, a cédé. La batterie est tombée sur le sol, encore connectée, traînant sur le sable. On la replace tant bien que mal et on rentre. C’est une bonne anecdote.

Quand on veut aller plus loin, hors des chemins privés, on laisse la voiture. On y va en vélo. Un endroit qu’on aime beaucoup, c’est le terrain de camping KOA, à Lavaltrie. On s’y rend en vélo. Il y a un endroit pour se baigner, des tables de pool. On y passe du temps.

Quand j’y repense aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir fait énormément de choses. Tellement que c’est difficile de croire que tout ça s’est passé en un seul été. Mais c’était ça, l’été 1976. Un été actif. Un été rempli. Un été mémorable.

C’est aussi l’été où j’écoute en boucle Où est passée la noce ? de Beau Dommage. C’est resté, pendant longtemps, mon album préféré du groupe.