Printemps 1982.

Autour de Pâques.

Depuis janvier, nous produisons chaque semaine De l’huile sur le feu.

Philippe Martin en est le réalisateur. J’en suis l’animateur.

En janvier, nous étions au centre d’un tournage à New York. Tassia Hébert, amie de Philippe, était venue nous aider pendant ce voyage.

Quelques mois plus tard, elle part à New York pour un week-end avec des amis. Autobus de nuit. Hébergement à l’Hotel Pennsylvania, en face de Penn Station.

Sur un coup de tête, je décide de la surprendre.

Elle roule toute la nuit.

Je prends l’avion — probablement People Express — et j’arrive avant eux.

Quand l’autobus entre en gare, je suis déjà là.

La surprise est réelle.

Nous passons la journée ensemble, caméra vidéo à la main. Puis je comprends que ma présence dérange. Une de ses amies avait imaginé ce week-end autrement. Elle était amoureuse de Tassia.

Je décide de partir.

Je retourne à Penn Station acheter un billet d’Amtrak pour Montréal.

— Stéphane !

Je poursuis ma marche.

— Stéphane !

Je me retourne.

Mon oncle Claude.

Lui aussi prend le train pour Montréal. Même nuit. Même départ. Sans nous être parlé.

Claude venait parfois à New York avec son chèque d’aide sociale, passait quelques jours dans une maison d’accueil tenue par des religieux, puis rentrait. Le mois reprenait.

Dans le train, je reste éveillé au wagon-restaurant.

Je rencontre une jeune femme qui retourne au Goddard College, au Vermont. Elle m’explique le fonctionnement du collège : chaque étudiant construit son propre parcours. Autogestion. Liberté.

Nous parlons jusqu’au matin.

Quelques semaines plus tard, nous reviendrons avec nos caméras pour en faire un reportage.

Je n’avais rien prévu de tout cela.

Le train roulait vers le nord.

La nuit avançait.

Et je regardais New York s’éloigner.