Montréal est la ville qui a le plus compté.
C’est là que je suis née, que j’ai fait une partie de mon primaire, que je suis revenue après le secondaire pour le cégep. C’est là que j’ai eu mes premiers amours, mes deux enfants — Alain avec Linda, Dominique avec Christine. C’est là que s’est construit le plus gros de ma vie et de ma carrière.
Ce que j’aimais de Montréal, je pourrais le résumer par quelques images précises. Les dimanches au centre-ville, même quand j’habitais à Joliette — prendre l’autobus, arriver au métro Radisson, aller au cinéma Parisien, passer d’une salle à l’autre dans la même journée. Plus tard, quand j’habitais avec Christine sur la rue Bercy, les longues marches sur Sainte-Catherine jusqu’à l’ouest — un arrêt à la Maison de la presse internationale pour regarder les revues, un autre chez Chapters pour bouquiner. C’était ça, une ville vivante : dense, curieuse, qui récompensait ceux qui la parcouraient à pied.
Il y a aussi les nuits. Au temps du Cégep du Vieux-Montréal, les soirées qui ne finissaient pas — aller danser aux Retrouvailles jusqu’à 3h du matin, puis un café au Vieux-Bistro qui fermait à 5h, ou aller s’installer au restaurant le Comte, angle Sainte-Catherine et Amherst, qui lui ne fermait pas du tout. D’autres soirs, c’était le Café Campus près de l’Université de Montréal, puis un smoke meat au Main après. Montréal vivait 24 heures sur 24, comme New York. C’était une évidence, une façon d’être. Ça n’existe plus vraiment.
Après la pandémie, quand on y est retournée en espérant retrouver cette ville-là, quelque chose avait changé. L’itinérance, la maladie mentale visible dans les rues, la détérioration du tissu social autant que de l’infrastructure municipale, les travaux sans fin. Une ville qui semblait avancer avec moins d’élan.
En 2026, je reconnais encore mes repères. Mais je ne retrouve plus la ville que j’ai aimée. C’est un peu une peine d’amour. On aurait voulu que ça dure. Pour l’instant, cette ville-là existe surtout dans mes souvenirs.