En juillet 2009, nous rentrons à Montréal après plusieurs années passées à l’étranger. Je reviens rempli d’espoir, convaincu que les projets menés à San Francisco me permettront de retrouver rapidement des contrats ou un emploi. J’ai mis suffisamment d’argent de côté pour vivre environ un an sans revenu.
La réalité est différente. Pendant mon absence, mon réseau professionnel s’est largement dissous. Je découvre aussi une limite que je n’avais jamais vraiment rencontrée auparavant : l’âgisme. À quarante-six ans, je suis désormais perçu comme trop vieux pour les technologies, dans un milieu où l’on m’avait confié, à vingt ans, des responsabilités bien au-delà de mes compétences réelles.
Je décroche néanmoins un contrat de longue durée, assorti d’un retainer de 4 000 $ US par mois, qui assure une base minimale. L’écart avec les revenus de la période précédente est important, mais il crée un espace inattendu : du temps.
Sur le plan personnel, ces années marquent une avancée décisive. J’approfondis mon identité de genre, amorce ma transition et, en 2013, je subis une chirurgie de réassignation sexuelle. Je deviens officiellement Stéphanie.
Professionnellement, je travaille avec une firme de Los Angeles, Spectacle 3D, sur une technologie de conversion de vidéo 2D vers la 3D visant une efficacité et un coût sans commune mesure avec les approches existantes. Je coordonne le travail entre Los Angeles et Tel Aviv, où une société partenaire développe le cœur de la technologie. Les résultats sont probants : démonstrations à BSkyB à Londres, puis auprès des grands studios de Los Angeles — Warner, Universal, Disney, Paramount.
En 2013, le marché de la 3D s’effondre brutalement. Le projet s’arrête, mettant fin aux perspectives de continuité dans ce domaine.
Pendant ce temps, Christine reprend le travail comme professeure en francisation. Dominique fréquente le secondaire à FACE School, une période difficile pour lui. Les équilibres familiaux et professionnels se déplacent, sans encore trouver de nouveau rythme.