Cette période débute avec une entrée très précoce dans le monde professionnel. À la fin du printemps 1985, à vingt ans, je commence mon premier véritable emploi comme directeur technique de la post-production vidéo chez Astral Bellevue-Pathé. J’aurai vingt et un ans quelques mois plus tard, en septembre. Dès le départ, je me retrouve à piloter un projet d’envergure : la première incursion du groupe dans le monde de la télévision, avec la création d’un centre de montage et de post-production doté de budgets de plusieurs millions de dollars.
Si ce projet voit le jour, c’est précisément parce que je n’en mesure pas encore toutes les implications. Trop jeune pour saisir pleinement l’ampleur des risques, je suis néanmoins assez lucide pour apprendre rapidement, m’entourer de personnes compétentes et avancer. Cette ignorance partielle agit comme un levier : elle rend possible ce qui aurait sans doute semblé déraisonnable à un regard plus expérimenté.
Les années suivantes prolongent cette dynamique. Je me lance dans des projets éditoriaux et techniques ambitieux, souvent en décalage avec la réalité économique de l’époque. Nous produisons, expérimentons, bricolons des infrastructures de fortune et visons une diffusion internationale avant l’heure. L’admiration et la visibilité s’installent, mais elles cohabitent avec une fragilité financière grandissante.
En parallèle, la vie personnelle s’intensifie elle aussi : engagement politique soutenu, première union, et naissance de mon premier enfant en 1987. Tout avance simultanément, sans véritable séparation entre les sphères professionnelle, personnelle et militante.
Avec le recul, ces années apparaissent moins comme une suite d’erreurs que comme une période rendue possible par une ignorance active — celle qui permet d’oser, de tenter l’improbable et, ce faisant, de poser les bases de ce qui suivra.