Juin 1981 marque la fin du secondaire, mais certainement pas une fin en soi. Déjà, mon regard est tourné vers Montréal. Le voyage à LG-4, qui clôt symboliquement les années scolaires, agit moins comme un aboutissement que comme une transition : le dernier moment d’un cadre encore balisé, juste avant l’entrée dans un monde beaucoup plus vaste, conflictuel et exigeant.
Depuis le début de 1981, je fréquente régulièrement Montréal. J’ai mon permis de conduire depuis l’automne précédent, j’emprunte souvent la voiture de mon grand-père, et surtout, je commence à m’ancrer dans un milieu qui me transforme rapidement : la radio communautaire. CIBL, alors dans sa toute première année d’existence, devient un point d’entrée décisif. Je me joins à Radio-Jeunesse, une émission hebdomadaire du samedi, et découvre concrètement ce que signifie prendre la parole publiquement, produire du contenu, couvrir l’actualité et s’inscrire dans un réseau.
À l’automne, je m’inscris au Cégep du Vieux Montréal et je m’installe en logement. L’été, déjà, je vis à Montréal, dans l’appartement de mon père sur la rue Laval, qu’il me prête pendant qu’il passe la saison dans les Laurentides. La rupture géographique est consommée, mais surtout, une rupture de rythme, d’exposition et d’intensité.
Très rapidement, la radio occupe une place centrale. Je couvre des conférences de presse, produis des reportages, collabore à des émissions sur CIBL et CINQ-FM. À l’été 1982, j’anime une émission quotidienne de 17 h à 18 h sur CINQ-FM et je siège à son comité de programmation. La radio n’est plus un simple médium : c’est un espace politique, culturel et social.
Parallèlement, le cégep devient un lieu de confrontation idéologique. Je découvre des courants de pensée absents de mon parcours à Joliette : le marxisme-léninisme, les groupes de gauche radicale, les débats sur l’État, le pouvoir, l’éducation, la légitimité de l’action directe. Cette politisation s’incarne rapidement dans l’action.
Je m’implique profondément dans le mouvement étudiant. Élu à deux reprises à l’exécutif de mon association, je représente le cégep à l’ANEQ. À l’hiver 1983, cette implication débouche sur des occupations, des grèves et des manifestations. L’escalade est rapide : arrestation policière, nuit en détention, expulsion du cégep, accusation de méfait. Le procès dure plus de deux semaines. J’en serai finalement acquitté, mais l’épreuve marque durablement mon rapport aux institutions, à la justice et à l’engagement.
En parallèle, la pratique médiatique s’élargit. Je crée un magazine d’affaires publiques étudiantes à la télévision communautaire de Montréal, diffusé chaque semaine durant toute l’année 1982. Nous tournons un peu partout au Québec, mais aussi dans le nord-est américain. C’est dans ce contexte que naissent des amitiés structurantes — notamment avec Philippe et Yanik — qui traverseront les décennies.
Ces années sont aussi celles de multiples séjours à New York. J’y noue des amitiés, des relations amoureuses, et j’y vis également des expériences plus brutales, dont deux hold-up survenus à moins de deux heures d’intervalle. Là encore, le monde ne se présente pas comme un concept abstrait, mais comme une réalité immédiate, parfois violente.
Enfin, l’engagement politique crée un autre réseau, tout aussi déterminant : André, Agnès, Frédéric, Ulysse, Louis-Christia, Gaétan, Lucie, et bien d’autres. Des alliances, des amitiés, des solidarités forgées dans l’action, la confrontation et le débat.
La période 1981–1984 est celle où rien n’est encore stabilisé, mais où tout se décide. Prendre la parole, prendre position, accepter le conflit, mesurer le coût des choix. Après LG-4, il ne s’agit plus de visiter le monde : il faut désormais y agir.