Cette période marque l’entrée au secondaire et, avec elle, une suite de déplacements, de remises en question et d’ajustements parfois abrupts. Je débute mon secondaire dans un cadre qui ne me ressemble pas : le Séminaire de Joliette, alors dirigé par les Clercs de Saint-Viateur. L’enseignement n’est plus religieux, mais la culture de l’établissement demeure très traditionnelle — on y enseigne encore le latin. Cette première année est particulièrement difficile. Je n’y trouve pas ma place. Mon ami Mario y est avec moi, mais contrairement à lui, je n’y resterai qu’un an.
Le déménagement suivant nous amène à Tourelle, où je débute mon secondaire 2. J’y retrouve rapidement le plaisir d’apprendre, mais cette stabilité est de courte durée. Après quelques mois seulement, nous revenons à Saint-Paul, où je terminerai mon secondaire, jusqu’à la cinquième année. C’est là que les choses se placent réellement. Le milieu est stimulant, l’école devient un espace où je me reconnais davantage, tant sur le plan intellectuel que personnel.
L’adolescence, toutefois, n’est pas simple. L’acné me marque profondément et affecte mes relations. Plus largement, je suis mal dans ma peau. Je me suis toujours sentie intérieurement plus comme une fille, mais à cette époque, ces réalités ne sont ni nommées ni visibles. Je n’ai pas les mots pour comprendre ce que je vis, alors que mon corps change, se masculinise, et m’éloigne encore davantage de l’image que j’ai de moi-même. Les relations amoureuses restent à distance. C’est finalement une amie qui me suggère de consulter un dermatologue — une démarche concrète, simple, mais déterminante pour la suite.
Ces années sont aussi marquées par un engagement politique précoce. En 1976, je milite pour l’élection du Parti Québécois. Le mouvement indépendantiste est omniprésent, porté notamment par mon grand-père, très impliqué. René Lévesque vient même tenir une assemblée de cuisine chez nous, aux côtés du candidat local Guy Chevrette. En 1980, je m’implique bénévolement dans la campagne référendaire. La défaite est difficile à encaisser et laisse une trace durable.
Parallèlement, l’école devient un terrain d’expression. Je m’investis dans des projets de diaporamas, de vidéo, de photographie, et dans la production d’une émission hebdomadaire de quinze minutes à la radio de Joliette consacrée à des sujets scolaires. À l’été 1980, j’obtiens mon premier emploi officiel : animateur de radio à Caraquet, où je fais des remplacements de soir et de nuit.
Avec le recul, ces années ne sont pas celles d’une stabilité acquise, mais celles d’une recherche active. Entre déplacements, engagements, inconforts et premières prises de parole publiques, il ne s’agit pas encore de savoir où je vais, mais d’apprendre, progressivement, où je peux tenir debout. Trouver sa place commence souvent ainsi : par essais, erreurs et prises de position encore fragiles.