Ces années correspondent aux premiers repères durables. Je débute la maternelle puis la première année à Montréal, rue Boutonnière, alors que je vis chez mes grands-parents. En 1970, ils entreprennent la construction d’une maison à Saint-Paul, près de Joliette. Nous y déménageons au printemps 1971, et j’y termine ma première année à l’école du village. C’est là que je rencontre Mario Di Tomasso, qui demeure mon ami à ce jour.
La suite de la période est marquée par une alternance constante entre deux milieux : les années scolaires 2, 4 et 6 à Saint-Paul, et les années 3 et 5 à Montréal. Cette double appartenance façonne mon regard : comparer, observer, m’adapter. L’école devient un terrain d’expérimentation — conflits, triomphes, surtout lors des projets et des présentations, camps et sorties scolaires, notamment à Québec et Ottawa.
C’est aussi une période de premières expériences personnelles : premiers élans amoureux, premiers revers, et la naissance de mon demi-frère Augustin en 1974. En toile de fond, le climat social change : la montée du mouvement indépendantiste au Québec traverse les conversations et s’infiltre, même indirectement, dans le quotidien.
Avec le recul, ces années ne forment pas un récit continu, mais un ensemble de situations, de lieux et de tensions qui participent toutes à une même chose : commencer à comprendre le monde, par fragments.