Cette période correspond à mes toutes premières années de vie, de la naissance jusqu’à l’âge où la mémoire commence à se fixer sans aide. Entre 1965 et 1969, il ne s’agit pas encore d’un récit au sens strict, mais d’un ensemble de fragments : sensations, images floues, impressions persistantes. À cet âge, la frontière entre ce que l’on a réellement vécu, ce que l’on a reconstruit plus tard et ce que l’on nous a raconté est poreuse — et assumée comme telle.
Ces années se déroulent principalement à Saint-Sulpice, un cadre géographique et familial qui constitue le décor de fond de cette petite enfance. Le quotidien y est modeste, stable, rythmé par la vie domestique et le voisinage, mais traversé en arrière-plan par un moment exceptionnel de l’histoire québécoise : Expo 67. Même si j’en garde peu de souvenirs conscients, sa présence diffuse — dans les conversations, les déplacements, les récits ultérieurs — imprègne cette période et en façonne le climat.
Les textes regroupés ici ne cherchent donc pas à reconstituer fidèlement une chronologie, mais plutôt à faire émerger une atmosphère. Ils mêlent souvenirs directs, reconstructions tardives et mémoire transmise, dans un effort de cohérence plus sensible qu’exact. Cette section pose les premières pierres d’un récit de vie : un temps où l’on est déjà au monde, mais pas encore pleinement à soi.